Vides D'Humanitaires : Le retour de Missions


Qui parmi vous, parmi ceux qui ont choisis cette vie, ou une autre à-peu-près similaire, n'a pas un jour eu quelque peu l'angoisse du retour ?

 

De retrouver ses proches et de se rendre compte à quel point cela pouvait avoir manqué.

De finalement reprendre ce quotidien que nous avions laissé deux mois, un an, dix ans auparavant... mais de ne pas trop s'y retrouver.

De  ne jamais arriver à véritablement (s')expliquer ce qu'il s'est passé durant ce laps de temps ou nous n'étions ailleurs, mais s'en retrouvé changé.

 

Qu'il soit voulu, subi, définitif ou temporaire, chaque retour de voyage ou mission est bien propre en soi. Aussi, pour vous aider à vous y préparer, peu-être vous sentir un peu moins seul le moment venu, ou si vous vous apprêter à retrouver un ami, ces quelques lignes devraient vous intéresser..


Le choc de nos réalités

Pas les mêmes préoccupations. Pas les mêmes ambitions. Un quotidien complétement décalé fait de check-up sécu et de couvre-feu un poil dépassés, de management d'équipes dans des contextes pas toujours facile,... mais aussi de découvertes incroyables, qui se confronte à une autre réalité.

 

Celle des trajets monotones du quotidien, des achats motivés par un plaisir immédiat de posséder, celle des médias abreuvés de sensationnel... et de l'Autre qui fait peur.

 

Deux mondes à dix milles lieux, qui ne se retrouvent bien souvent que trop rapidement, autour d'un verre, d'un diner, ou plus si affinités... Difficile d'imaginer la difficulté d'une ré-insertion dans le quotidien parisien.

 

Et si vous voulez vraiment savoir... eh bien... Moi, toi, nous, voyageur(s) serons toujours à mi-chemin entre le plaisir de la nouveauté, qui embelli toute expérience (allant jusqu'à trop souvent nous faire occulter certains impacts négatifs de notre présence en ces lieux) et le manque de quelques moments du quotidien. Ces moments importants qui nous font nous interroger parfois sur ces choix. Ces instants où nous aurions dus être présent. Nous le savons. Nous l'assumons, tant bien que mal.



Et alors c'était comment ?

LA question ultime.

Celle qui laisse quoi pendant plus où moins plus longtemps.

 

Posée par un profane de nos métiers elle me fait pour ma part hésiter entre commencer par décrire les endroits idylliques entraperçus ou les barbelés m'empêchant toute liberté. Pas facile de raconter les réalités de ces expériences humaines au delà du réel, de ces partages merveilleux de simplicité, de ces paysages de cartes postales... tout en y associant travail intensif, conditions de vie parfois sommaires, sécurité pas forcément assurée...

 

Impossible de décrire de telles expériences sans que, arrivé au terme de la conversation, vous ne sentiez bien que votre interlocuteur n'a pas véritablement tout compris. Il dit oui, sourit, est poli... s'interroge parfois sur ce choix qui est/a été le votre, mais aura bien du mal à en saisir toutes les subtilités. Après tout, vous même, en avez vous vraiment déjà mesuré la porté... ?!

 

Alors, une bonne fois pour toute, cette expérience fut : intense, enrichissante, dure, éreintante, extraordinaire, formidable, éprouvante, forte, folle, belle, troublante, spéciale, addictive.... à refaire.



le gout des choses simples

Un sentiment étrange qui t’envahit. Parfois l'impression d'être dans un rêve éveillé, un monde où tout serait un poil plus simple. Dans lequel il suffirait de prendre son courage à deux mains et de traverser la rue pour s'approvisionner en denrées variées, où il suffirait de brancher son portable pour le recharger. Un univers parallèle dans lequel tant les hommes que les femmes pourraient choisir de s'aimer sans peur d'être jugés.

 

Ce monde, au moment du retour, c'est peu être encore pour toi un peu difficile à croire,  sera toujours un peu dur à ré-apprivoiser. Pour ma part je ne me lasse du bonheur d'une douche "maitrisée" (j'entends par là avec option de réglage (opérationnelles) de la pression ET de la température) pratiquement jamais. Fait de petit bonheurs, de plaisir simples incompris, de rattrapages de petits rien qui manquent, chaque retour est aussi une nouvelle occasion de se rendre compte de la chance que nous avons. Le simple fait de pouvoir enchaîner restau, ciné et soirée est une chance que bien peux sont capables de réaliser.

Danser, Manger, Marcher, Chanter, Crier, Réfléchir, Choisir, Conduire, Refuser, Admirer,... Aimer... Ça, et tant d'autres moments dont on ne réalise la vraie valeur que quand ils commencent à manquer.

 

Alors oui, quand je rentre, ne m'en voulez pas trop si...

- Je me nourri de steak Tartares

- Je craque au moins une fois pour un gadget un peu inutile, généralement lors de mon seul et unique passage aux halles (histoire de bien me persuader de repartir le plus vite possible...)

- Je passe de longues heures sous la douche et/ou remets en service votre baignoire (Et oui, je suis Sans Domicile Fixe, de fait. Aussi, Il se pourrais que lors de mes prochains retours, je dorme chez lui, elle, vous...?!)

- Je laisse mes yeux vagabonder au gré de mollets croisés... (Passer des trottoirs de Kaboul aux avenues parisiennes peut entrainer de sacrés dysfonctionnement oculaires..)

- Je m’émerveille devant la conquête de part de marché de Uber, Netflix,...

- ...

Soyez juste assuré(e)s que chaque bouchée de chocolat, chaque goutte de vin, chaque moment partagé et chaque instant de tendresse est apprécié, adulé... et que une fois là bas, repartis vers d'autres horizons, nous nous les remémorerons.



Bali - Oui mais pas à n'importe quel prix
Bali - Oui mais pas à n'importe quel prix


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Commentaires : 1
  • #1

    Thomas yzèbe (jeudi, 02 juin 2016 09:52)

    Bonjour,

    Je suis réalisateur de documentaire et travaille sur un projet de documentaire autour du retour de mission des humanitaires : de la première bière avec les potes à la descente de l'avion / à la recherche d'un boulot dans une autre branche pour ceux qui restent.

    J'ai lu avec attention ton texte sur le vide d'humanitaires, ça appelle beaucoup de questions et si possible une longue discussion. J'y retrouve beaucoup de choses déjà entendues, notamment sur le steak tartare et le "alors, c'était commment ?".

    Je suis actuellement entrain d'écrire le projet, donc à ce stade, je fais un simple travail de recueil d'expériences, pour me nourrir de ces trajectoires singulières.

    Si tu es disponible, tu peux me contacter par mail : tomyzebe@yahoo.fr ou via messenger pour un premier échange. Ce serait l'occasion d'en dire plus sur ma démarche et mon boulot.

    Merci de l'attention porté à mon message et félicitations quoiqu'il en soit pour ces textes et photos pleins d'une belle humanité.

    Thomas Yzèbe.