Calais, visite surprise


Calais... je ne savais pas trop quoi en penser jusque là... Réfugiés, camps, éviction,... des mots qui sonnent à mes oreilles comme un ailleurs, un quotidien trop présent dans "mon" ailleurs, sur lesquels je ne pouvais, ici, mettre aucune image... jusque là...

A l'heure ou nos élus multiplient les annonces, parlant de démolitions imminente de plus de 2000 abris, je décide d'aller partager, ne serait-ce que pour quelques instants, la vie de Aboubacar, Azizi, Gulh Mahamat, Mango... et  de tant d'autres. 
Savoir prendre le temps de m'y arrêter, de réaliser par moi même les conditions d'accueil inacceptables dans lesquelles l’État des droits de l'Homme laisse croupir une partie de l'Humanité.

12h30 - Arrivée sur place
Actuellement située à près de 7km du centre ville de Calais, la "jungle" couvre actuellement plus de 4km2, coincée entre la zone industrielle des Dunes et la nationale 216.

En son sein, du premier coup d’œil, il est impossible de comprendre l'agitation qui semble y régner. Cafés, restaurants, boutiques ont fleuries tout au long de la rue principale, et dans "les artères principales". Afghans, Soudanais, pakistanais... y croisent votre chemin et celui des dizaines de journalistes, volontaires, employés d'organisation, tous semblant savoir où aller et comment s'orienter dans cette pagaille...

15h00 - Premières rencontre et déambulations anarchiques
Quelques sourires plus tard, me voilà confortablement installé dans la caravane de Azizi et de ses trois comparses, arrivés d’Afghanistan il y à de cela trois mois. Lui, 33 ans, dont la femme et les deux jeunes enfants sont restés en Afghanistan, veux passer en Angleterre.

Ses deux comparses, 20 et 22 ans, veulent eux l'asile en France : le prochain rendez vous est fixé pour dans trois jours et ils n'ont aucune idée des papier à fournir....

Le troisième, un poil plus âgé, à perdu l'esprit il y a de cela trois jours... Une nouvelle de son pays, de sa famille très certainement, l'à laissé dans un état de totale confusion, dont il ne semble pouvoir sortir. Son frère, installé en Angleterre, va prendre le risque de traverser de nouveau la Manche pour venir le visiter.

 

Ils m'ouvrent leur foyer, leur cœur, partagent leurs histoires comme seul les Afghans savent le faire.

18h00 - Comme à la maison
Malgré le temps maussade, malgré la boue qui s'infiltre partout et le vent qui perce même les plus gros manteaux, je ne croise ici que sourires et joue de vivre. Tant sur le visage des ces pauvres âmes que sur celui des bénévoles... personne ici n'a voulut cela, mais il faut faire avec. Les ONG, les réfugiés eux même, et les quelques utopistes œuvrant ici font du bon boulot, se donnent à fond, et le résultat est visible. Toutefois la coordination et les fonds manquent. La voie des premiers concernés peine à se faire entendre... Ce qu'il nous faudrait ? Des lieux de vie... me confiait un ami. Ce qu'il nous manque le plus : un peu de liberté, la possibilité de sortir de cet endroit, d'aller faire des courses sans craindre de se faire déporter...

23h00 - Nuit tranquille

Après moult rencontres,  d'innombrable thés, il me fallait chercher un endroit où passer la nuit... Rien de plus simple ! Faisant appel à l'une des volontaires engagée sur le site depuis plus de 6 mois, je trouvais refuge dans le campement des Soudanais. Mango, fut un hôte exemplaire. Thé, couverture, bougies, matelas,... rien ne me fût refusé ! Ce fut certainement l'une de mes nuits les plus sereines depuis mon retour d'Afghanistan...ne pas penser à moi, m’enivrer de ces moment de pur partage / solidarité.

Lendemain Matin.....

Découverte de ce camps à la lumière du soleil levant... hallucinant !

Distribution anarchique de nourriture, toilettes insalubres (malgré le travail très apprécié de ACTED sur les parties Wash & Sanitation, les besoins restent importants, dans toutes les parties du camps...), informations diffuses, récits de tabassages en règle... un autre quotidien s'offrait à moi. La "jungle" révèle toute sa cruauté au petit matin, lorsque les femmes et enfants profitent de l'aube naissante pour sortir de leur isolement et me font réaliser que tout n'est pas rose ici.

Toilettes insalubres, manque d'intimité, insécurité permanente, calvaire de la tentative ratée, qu'il faudra recommencer encore et encore... Au delà de ces hommes aux grands cœurs, la "Jungle" c'est aussi cela.

 

18h00 - Retour... à la réalité.

Nul besoin de décrire cette journée.. Ces hommes, ces femmes qui n'ont rien, ont très certainement le cœur bien plus gros que celui de la plupart de mes concitoyens.

Sourires, rires, moments simples... je pense avoir trouvé à Calais ce que j'étais venu y chercher...  ce que je ne retrouve ni à la télé, ni dans les yeux de ces Français, qui ne cherchent à comprendre et jugent, décrètent, sanctionnent, rapatrient... un peu d'humanité...

Arrivée sur Paris, 21h... Métro, dodo... pas un sourire pour finir....

Une belle association, qui lutte ici et ailleurs, un site tout plein de belle photos aussi... Mais surtout important pour mieux comprendre avant de juger. A parcourir sans modération.

 

 

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